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Le manoir de Keriolet

Keriolet a deux histoires : celle d'un petit manoir de campagne et l'aventure, relativement récente, du somptueux chateau néo-gothique qui le remplaça.

Jusqu'au milieu du XIXe siècle, Keriolet fut une modeste résidence de bourgeois concarnois. L'endroit était calme et pourtant proche du bourg. A travers les futaies coupant les grands vents, la vue plongeait sur les collines jusqu'à Concarneau. Un vieux chemin, déjà morcelé en 1808, traversait le bois, longeait le manoir et venait s'arrêter près de Kerrest.

Comptables, notaires et bourgeois concarnois.

Keriolet apparaît pour la première fois en 1481...

Le comte de Chauveau et la princesse Narischkine.

Les paysans voyaient s'élever, à deux pas du bourg, un somptueux château tout hérissé de tourelles, de galeries, de scultures médiévales.

Pour les grands patrons de ferme, la réaction s'installait.

En fait Keriolet entrait dans l'histoire grâce à ses nouveaux maîtres :

le comte de Chauveau et la princesse Narischkine.

Pour camoufler un parachutage électoral

La belle Zénaïde-Ivanovna Narischkine était la fille d'un richissime maître de forges et de mines polonais.Elle avait épousé le prince Boris Youssoupof, ce qui l'avait fait entrer dans la famille impériale de Russie.

Rectificatif apporté le 19 avril 2007 : Je suis Vera Narishkin (Narichkine), et suis l'arrière-petite-nièce de Zinaïde Ivanovna, née Narichkine. Les Narichkine n'ont jamais été Polonais, ni princes ou princesses, et le père de Zinaïde Ivanovna était Ivan Dimitrievitch Narichkine (mon arrière-arrière-grand-père, né le 17 avril 1776 et décédé le 15 avril 1840) n'était point un "richissime maître de forges et de mines polonais" mais était un propriétaire terrien russe et officier dans l'armée depuis 1783, devint major en 1812, et devint maréchal de la noblesse de Sytchev en 1829 avant de devenir chambellan. Il épousa Varvara Ivanovna Ladomirski (fille naturelle de Ivan Nikolaievitch Rimsky-Korsakov et de la comtesse Ekaterina Petrovna Stroganoff, née princesse Troubetskoya) qui lui donna deux enfants - mon arrière-grand-père Dimitri Ivanovitch Narichkine et Zinaïde Ivanovna Narichkine, celle qui devint la propriétaire du château de Keriolet. Varvara Ivanovna et ses frères étant des enfants naturels, reçurent le nom d'une défunte famille noble polonaise - Ladomirski - et furent annoblis par Ukaze Impérial, mais ils n'étaient pas polonais.
Ce n'est pas non plus en épousant le prince Boris Youssoupoff que Zinaïde entra dans la famille impériale de Russie - en effet, notre famille fait partie de la famille impériale de Russie depuis le 17ème siècle lorsque le deuxième Romanoff, le Tsar Alexis Mikhailovitch Romanoff (deuxième Tsar de la dynastie des Romanoff) épousa Natalia Kirillovna Narichkine en deuxième noces, en 1671. Elle était la mère de Pierre le Grand. Nous n'avions donc aucun besoin d'avoir une fille Narichkine épouser un prince Youssoupov pour faire partie de la famille impériale, étant donné que les Romanoffs ont du sang Narishkin dans leurs veines depuis le 17ème siècle mais n'ont pas une seule goutte de sang Youssoupoff.
Vera Narishkin (Narichkine) Allez voir sur Myspace, photos et blogs

Son palais pouvait, dit-on, rivaliser avec celui de Versailles et ses salons étaient devenus le rendez-vous préféré des artistes de la capitale qui avaient décerné à leur spirituelle hôtesse l'aimable titre de Surintendante des Beaux-Arts. Puis le prince était mort, la princesse avait cotoyé d'un peu trop près les milieux anarchistes, avait connu des aventures diverses, s'était brouillée avec le tsar Nicolas II et était venue se faire construire une villa magnifique à Paris, dans l'avenue du Parc des Princes au bois de Boulogne.

Toutes les célébrités du Second-Empire y avaient défilé et la princesse s'était liée d'amitié avec la princesse Mathilde, un des plus beaux esprits de l'époque, fille du roi Jérome, ancien souverain de Westphalie et depuis gouverneur des Invalides. Il fut souvent question, dans ces salons parisiens, du voyage que Jérôme Bonaparte avait accompli en Bretagne et qui lui avait permis de revoir le petit port de Concarneau où son vaisseau, le Vétéran, était venu aborder un triste jour d'août 1806, échappant à la poursuite anglaise grâce au sang-froid d'un matelot concarnois. La princesse Narischkine commença alors à rêver de ce pays bordé de mer où l'on disait les clochers en dentelle de pierre...

D'autant qu'elle venait de se découvrir une autre passion en la personne d'un jeune et bel officier de cavalerie, rencontré, selon certains, dans un bal de société. D'origine modeste, il se nommait Charles Chauveau, avait de l'esprit, des manières et beaucoup d'assurance. Elle l'épousa ; il se retrouva comte de Chauveau puis marquis de Serres et enfin secrétaire de la Chambre de l'Empereur. Napoléon III et le nouveau comte entretinrent même des rapports d'amitié, garantis par le don d'une aquarelle et d'un petit carnet personnel, souvenirs de l'emprisonnement du futur empereur au fort de Ham.

Une futilité électorale allait interrompre cette existence bien parisienne. L'inspecteur général directeur des Ponts et Chaussées Emile Avril avait été élu conseiller général du canton de Concarneau en 1859, en rem-placement du châtelain de Stang-Vihan, son parent. Le nouvel élu était promis à un plus bel avenir car dès 1860 l'Empereur le nommait conseiller municipal de Paris et membre de la commission départementale de la Seine. Il lui fallait un remplaçant pour le canton, d'ailleurs soigneusement entretenu dans son bonapartisme par le prince Jérôme. L'élection paraissait aisée ; la princesse Narischkine se déclarait lasse des salons parisiens. Le comte de Chauveau accepta de briguer le poste et ce malgré les hésitations du Préfet du Finistère qui savait, comme chacun, que le candidat n'avait pas de résidence dans le canton. Une missive du 4 mars 1860 le tranquillisa en apprenant que le comte cherchait une résidence près de Concarneau et qu'il adoptait le pays avec l'intention d'y prendre racine.

Et par 1435 suffrages sur 1435 votants et 1914 inscrits, le comte de Chauveau se retrouva conseiller-général de Concarneau (139).

La construction de Keriolet.

Ce n'est en fait que le 20 novembre 1862, par devant Maître Prouhet, notaire à Trégunc, que la propriété de Keriolet fut achetée à Bonaventure-François de Sceaulx et à Marie-Renée-Thérèse de Kervagat, alors domiciliés à Hennebont. Le manoir à façade austère n'avait pas le confort des villas parisiennes, bien qu'on y trouva salon, salle de bains et de billard mais sa position, entre une prairie verdoyante et la vaste perspective de l'Océan, encadrée par les hautes futaies, séduisit aussitôt la princesse par son calme et sa simple beauté. Aussitôt installé, le couple visite la région. On lui montre la nouvelle église de Trégunc, on lui présente Joseph Bigot, l'architecte, apparenté par sa femme aux Le Guillou de Penanros de Concarneau. Le Comte de Chauveau forme aussitôt le projet de transformer totalement le petit manoir de Keriolet en un vaste château de style élisabethain. Le projet de Bigot est soumis à la princesse, détentrice des fonds, qui le refuse à cause de la lenteur des constructions dans le pays du granit où on met des siècles à bâtir une cathédrale. L'architecte est déçu ; des ouvriers-tapissiers viennent de Paris nettoyer et meubler le vieux manoir et le couple y passe les belles saisons de 1863 et 1864, en compagnie, semble-t-il, de Lord Trotter, un anglais ami de l'Empereur qu'il avait aidé à s'évader du fameux fort de Ham.

.Chateau de Kériolet, image du livre, cliquez pour voir la photo

Joseph Bigot ne désespère pas de transformer Keriolet. Pour l'instant, il a du se contenter de construire sur le chemin du bourg une maison de garde dans le genre chalet et près de là une remise et une écurie. Un jour, à la fin d'un repas où il a été invité avec quelques convives, il se permet de déplorer la tristesse ou plutôt l'excès de simplicité de la façade du manoir. Je m'y trouve bien, réplique la princesse, j'y suis installée. Je ne veux rien déranger à l'intérieur. Quand à l'extérieur, si on pouvait lui donner un tout autre aspect je n'y mettrais pas d'opposition à la condition qu'aucun ouvrier n'entre dans la maison dont les clefs restent sous bonne garde !.

Eh bien, cela peut se faire ainsi ! rétorque l'architecte, la prenant au mot.

Les études s'accumulent dans les cartons, élaborées en collaboration avec le comte. La princesse, elle, n'a donné que de vagues instructions : puisque je suis en Bretagne, a-t-elle dit un jour, dans le pays de la bonne duchesse Anne, construisons des édifices de style breton.

Le vieux logis va peu à peu se rhabiller de granit ciselé et le résultat est jugé si favorablement qu'on décide de construire une aile en retour sur la Cour d'Honneur

avec une tour d'où la vue pourra plonger sur l'Océan. Le tout est exécuté avec l'aide de deux entrepreneurs habiles et disposant d'un fort outillage, Messieurs Martineau et Bonduelle de Concarneau (ils se sont précisément connus sur le chantier de l'église de Trégunc) et l'appareillage confié à l'entreprise Le Naour de Quimper.

Pour fermer la cour ombragée de quelques vieux châtaigniers on élève une grande porte cavalière et une porte piétonne. Une douve est creusée sur laquelle on jette un pont-levis. Un muretin crénelé très bas donne sur la prairie où coule le ruisseau. Les ouvriers, tailleurs de pierres, maçons de toute sorte, vont ensuite monter la grande aile orientale avec Salle des Gardes, logement pour les étrangers, escalier en pierre avec tourelle soutenue par une colonne détachée, galeries et vérandas. Une chapelle enfin, gracieuse et élancée, achève cet ensemble voulu comme la reconstitution d'une habitation seigneuriale du temps de Charles VIII, Louis XII et François 1er.

L'architecte s'est inspiré de divers monuments et jusqu'au château de Blois. La tourelle reproduit celle du château de Rustéphan en Nizon, le portail d'entrée celui du prieuré de Locamand, les meneaux de la chapelle ceux de la Trinité en Melgven. Le comte de Chauveau a tout supervisé, réglant les moindres détails. Une note du 15 septembre 1880 porte que par recommandation dernière de M. le Comte, l'inscription vers la mer portera TOUT EST A DIEU.

Le parc de près de cinquante hectares est soigneusement entretenu. On y a construit deux fontaines, l'une dite de la Princesse, l'autre au Nord de ce petit étang que les textes anciens appellent Poulbeuzec.

Des statues d'Anne de Bretagne et de Charles VIII

ornent les pelouses fleuries.

La reconstruction du château a duré une vingtaine d'années.

Les cuisines

Youen, guide juillet 2010

ont dû être refaites trois fois, l'installation d'un calorifère a nécessité le déplacement d'ouvriers spécialisés.

Le coût total de l'opération se serait élevé à près de 1.500.000 francs.

Pendant les hivers qui suivront, le comte demandera à l'entrepreneur d'embaucher des marins nécessiteux pour construire un mur d'enceinte avec poternes à judas grillagé dont la plupart subsistent encore.

Bigot est fier de Keriolet qu'il cite comme une restauration unique en Bretagne. Elle prouve, dit-il non sans fierté, les ressources qu'on peut trouver dans cette province à laquelle certains faiseurs de Paris donnent la qualification du nom de pays sauvage et où ils arrivent parfois se poser en maîtres (140).

La vie à Keriolet.

Dans ce château d'une autre époque, le comte rêve du Moyen-Age et des preux chevaliers. La princesse chérit Anne de Bretagne et les Beaux-Arts.

Tous deux : vont amasser une étonnante collection de meubles et d'objets divers, groupant des pièces de très grande valeur à côté de maquettes d'armes anciennes.

Dans la salle d'armes sont exposées des réductions de pièces d'artillerie provenant, selon le comte, d'une collection que l'amiral Duquesne aurait laissée à Lanriec, au château du Moros, il y a près de deux siècles.

Noblesse oblige, le Moros a été acheté par les nouveaux maîtres de Keriolet et passablement restauré par l'architecte Bigot.

A Keriolet une vingtaine de riches tapisseries de Flandres tendent les murs,

mêlant les scènes de chasse aux évocations mythologiques et bibliques, le triomphe de Mardochée et le mariage d'Anne de Bretagne.

Les vaisselles rares de Chine, de la Compagnie des Indes, de Rouen, de Sincery, de Nevers, de Strasbourg, de Quimper, de Moustiers, font l'admiration des hôtes.

On ne manque pas de leur montrer des collections plus curieuses : des lettres de souverains, des invitations aux bals de la Cour sous Louis XV, une série de cinq cents quatre manuscrits, certains remontant au XIIe siècle, un rétable gothique considéré comme le prie-Dieu de la duchesse Anne de Bretagne et dont le dais est enrichi de cinq émaux limousins du XVIe siècle. On peut écrire sur le bureau de Mirabeau, dormir dans le lit de Rachel, la tragédienne, se chauffer avec une bassinoire qui aurait appartenu à Marie-Antoinette. De Russie, la princesse a ramené des miniatures anciennes, une coiffe de cérémonie et un olifant d'ivoire représentant le buste de Pierre Le Grand.

Un artiste parisien a peint les vitraux de la Salle des Gardes

à la gloire de Clovis, de Charlemagne, de François 1er,

de Henri IV, de Saint-Louis, de Philippe-Auguste.

Deux médaillons en biscuit de Saxe viennent rappeler que les maîtres de l'heure sont Napoléon III et l'Impératrice Eugénie.

C'est dans ce cadre, à la fois luxueux et hétéroclite, que vivent le Comte et la Princesse. Le personnel est nombreux. James Maclaucham, le palefrenier, est anglais ; Louis Langevin, le régisseur, vient de Normandie, le cocher de Scaër. On donne au château de brillantes réceptions. Jef Portal qui y fut petite bonne (puis épousa le maçon Jean-Marie Moal et mourut dans le quartier de Kerbiriou) se souvînt longtemps des équipages remontant dignement la grande allée, des toilettes somptueuses. La bourgeoisie concarnoise, sans doute trop alliée aux milieux républicains, ne fut jamais admise à ces grands dîners : elle en garda une profonde rancoeur.

Pour tenir leur rang, les châtelains se montrent d'une piété exemplaire. En 1864, le comte obtient de l'Impératrice un ornement en drap d'or pour le clergé de Beuzec. Il participe aux processions et face à une des entrées du château fait ériger une haute colonne torsadée qui n'est pas sans rappeler le calvaire de Saint-Yvi et où on place une statue de pierre de la Vierge.

La chapelle du château est un véritable bijou, voûtée en chêne comme la Collégiale de Nantes qui fut le manoir d'Anne de Bretagne. Les vitraux représentent les principaux épisodes de la vie du Christ, de la Vierge, de Sainte Anne, de Saint Louis, de Saint Charles Borromée, et de Sainte Bathilde, épouse de Clovis II. Le comte y fait placer une statuette de Saint Honoré, son troisième patron et rachète aux fabriques désargentées quelques sculptures ou bannières anciennes. Bien qu'une tradition prétende que la messe y fut célébrée un temps pour les proches voisins, un bref de Léon XIII n'y autorise que l'exposition du Saint-Sacrement. La même tradition ajoute que le premier oratoire du château se trouvait dans le vestibule de la ferme que l'on construisit au Nord de la propriété.

La mort du comte de Chauveau.

Louis-Charles-Honoré, comte de Chauveau, marquis de Serres, s'éteint à Keriolet le 31 octobre 1889, âgé de soixante ans. Toute la nuit les religieuses de l'école et quelques enfants le veillent dans la chapelle. Les obsèques sont célébrées le dimanche suivant à deux heures de l'après-midi en l'église paroissiale. Ainsi s'en va ce preux chevalier égaré dans le tourbillon des passions paysannes.

Keriolet devient musée départemental.

Le comte de Chauveau est mort en 1889. Avec quelques difficultés la princesse Narischkine rentre en possession du domaine de Keriolet et, un an après, décide d'en faire don aux habitants du Finistère pour qu'ils puissent y développer leur instruction artistique. La Surintendante des Beaux-Arts moscovites récompense ainsi magnifiquement son éphémère patrie bretonne. Symbole des temps qui changent, ce château qui a tant contrarié l'orgueil paroissial, devient le plus beau de ses monuments publics et certainement le plus célèbre.

Littéralement enchantés, quelques conseillers généraux sont admis dans le courant de l'été 1890 à visiter les collections entassées par le génie conservateur du feu comte et de son épouse. La visite du château et des galeries qu'il renferme nous a laissés une impression d'admiration que nous ne saurions taire. Au spectacle de cette merveilleuse variété de richesses artistiques, de ces curieuses recherches de style, de ce remarquable et persévérant effort vers la réalisation du beau, nous avons mieux compris que Madame Chauveau-Narischkine ait voulu soustraire son oeuvre aux hasards de l'avenir et nous avons senti grandir notre reconnaissance pour celle qui destine à la France et à la Bretagne un si fastueux cadeau.

Le 30 mai 1891 le Conseil général du Finistère accepte la donation du domaine de Keriolet, c'est à dire du château et de ses collections, du parc, de la métairie, ma grand-mère est dans les bras !

des landes de Stang-ar-Lin résumé par Les amis du passage

et du domaine annexe du Moros, qu'il s'engage à conserver intégralement. La princesse s'est réservée, sa vie durant, la jouissance des lieux.

Elle continue à y passer l'été et meurt en 1893 dans son hôtel parisien.

Keriolet devient aussitôt musée départemental. Le peintre concarnois Théophile Deyrolle en prend la direction et commence une intéressante collection de coiffes et de costumes bretons anciens. Diverses acquisitions viennent enrichir le mobilier, provenant de l'église de Beuzec puis surtout de celle de Nevez. Deux nouvelles salles sont inaugurées en 1903 et consacrées aux oeuvres du paysagiste alsacien Camille Bernier décédé l'année précédente à Bannalec.

Malgré la qualité variable des pièces présentées, Keriolet contribue effectivement à l'instruction artistique des visiteurs, ainsi que le souhaitait la princesse. Pour des centaines de marins et de paysans, la visite du château sera leur seule rencontre avec l'Art (142).

LA FIN MALHEUREUSE DU MUSÉE DE KERIOLET

On ne saurait évoquer les transformations du Beuzec d'après guerre sans mentionner la fin malheureuse du musée de Keriolet. Pour toute la région, la visite du château constituait un attrait touristique et on s'y pressait pour admirer la prestigieuse collection de tapisseries des Flandres, classée monument historique par arrêté du 8 mars 1926.

Or l'Histoire qui fait les révolutions en défaisant les empires amena un émigré russe à s'y intéresser d'un peu trop près.

Le prince Felix Youssoupof avait sonné le glas du tzarisme en assassinant Raspoutine ; la Révolution d'Octobre l'avait chassé à Paris où il vivait d'expédients et de haute couture. Il se souvînt de sa grand-mère, la princesse Zenaïde Narischkine, veuve en première noces d'un Boris Youssoupof, et de sa donation au département du Finistère.

Certaines des clauses s'y rapportant avaient été manifestement violées. Dès 1951 le prince attaque le Préfet du Finistère en révocation de donation, avançant la vente du Moros en 1893, celle des landes de Stang-ar-Lin en 1902, des arbres abattus et vendus, des objets disparus. Le tribunal de Quimper passe outre, la Cour d'Appel de Rouen constate les torts du Département, un arrêt en cassation du 13 février 1956 lui retire définitivement le domaine. Le droit a été appliqué mais la volonté de la princesse bafouée puisque rien désormais ne protègera plus Keriolet.

Craignant cette issue fatale, la ville de Concarneau et le département avaient obtenu, le 13 octobre 1955, l'inscription des parties boisées du domaine à l'inventaire des sites classés. Tout le monde savait déjà, et la presse s'en était faite l'écho, que le prince n'envisageait nullement de conserver le château qu'il trouvait personnellement fort laid. Les précieuses collections furent dispersées au hasard des salles de vente, le département récupéra ses tableaux et ses costumes, l'église de Nevez ses autels et statues. Celle de Beuzec eut moins de chance puisque, non seulement son Sépulcre ne lui fut pas restitué (personne n'en ayant fait demande) mais encore son vieux porche fut emporté dans les jardins de la Préfecture, les conseillers municipaux de l'époque ayant décidé d'en faire don au Département !

II est vrai que la ville venait de recevoir le puits couvert de la cour des cuisines qu'elle installa en Ville-Close .

Le bruit courait alors que la commune envisageait d'acheter le domaine pour y construire un hospice ou peut-être un lycée. Aucun accord n'intervînt et Keriolet fut finalement loti et vendu à divers particuliers en 1960.

Onze ans après la chapelle était démolie et ses matériaux servaient à construire une villa. Les vitraux étaient revendus à un antiquaire et les anges de bronze du pinacle allaient jouer de la trompette sur une pelouse de Beuzec...

Chateau de Kériolet détail détail


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La passion des châteaux


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